Mai – Membre du mois – Heba Aly

Mai – Membre du mois – Heba Aly

Nous continuons notre série du “membre du mois” avec l’interview d’une des personnes les plus accomplies de CrossFit GVA. Heba dirige le New Humanitarian, une organisation de presse à but non lucratif qui couvre les crises humanitaires dans le monde entier. “Un travail intense mais inspirant et équilibré en partie grâce au CrossFit.

Merci Heba pour ce portrait fascinant et avec 3 jours de retard, nous te souhaitons un très bon anniversaire.

Quelles sont tes origines ?
Je suis née et j’ai grandi à Ottawa, au Canada, mais ma famille est originaire d’Égypte.

Depuis combien de temps es-tu à Genève ?
J’ai déménagé ici en septembre 2015, donc presque 4 ans.

Que fais-tu dans la vie ?
Je dirige une agence de presse à but non lucratif (www.TheNewHumanitarian.org) qui se rend au cœur des conflits et des catastrophes pour informer sur la manière dont le monde réagit face aux crises humanitaires. Nos journalistes sont basés dans des zones de crise du monde entier et couvrent tout, des guerres aux tremblements de terre, de l’Ebola aux réfugiés.

Depuis combien de temps pratiques-tu le CrossFit ?
Depuis que j’ai déménagé à Genève. Wow, je n’arrive pas à croire que j’en fais depuis près de 4 ans… Mais où est passé le temps ?! C’est vrai ce qu’ils disent: “ça ne devient jamais plus facile, vous devenez juste plus fort”. C’est incroyable de voir comment le CrossFit vous challenge en permanence. Peu importe depuis combien de temps vous en faites, vous aurez toujours à apprendre et à vous améliorer.

 

Pourquoi as-tu commencé ?
Avant de bouger à Genève, je vivais à Dubaï où je m’entrainais dans une salle appelée Circuit Factory. Quand j’ai déménagé, je cherchais quelque chose de similaire en Europe et on m’a suggéré le CrossFit. J’en avais entendu parler à l’époque mais je n’avais jamais compris pourquoi un tel engouement. Quand j’ai essayé l’haltérophilie pour la première fois ça m’a complètement dépassé. Je voulais juste rester en forme et pas du tout prendre de masse musculaire. Du coup, je me suis concentrée surtout sur le cardio et je mettais des poids très légers. Quelques mois plus tard, j’ai réalisé que l’haltérophilie pouvait en fait me permettre d’améliorer mon cardio et transformer harmonieusement mon corps. Maintenant, j’aime tout et j’essaie de me challenger au maximum.

Qu’est-ce qui te frustre le plus pendant l’entraînement ?
J’ai l’impression d’avoir constamment mal quelque part. Si ce ne sont pas mes épaules ou genoux, c’est mon dos. Le CrossFit est un sport complexe et chaque mouvement est plus technique que ce que l’on pense. Pour éviter de se blesser, il faut apprendre à les faire correctement en comprenant l’impact qu’ils ont sur notre corps et agir en conséquence (renforcement musculaire, mobilité).

De quels progrès es-tu la plus fière ?
Ceux en gymnastique ! J’ai fait 29 Chest to bars à l’Open cette année alors que j’avais de la peine à faire un pull-up il y’a un an. Je m’entraîne maintenant sur les muscles-ups avec un élastique mais j’ai besoin de développer d’abord les muscles latéraux de mon dos !

Quelles autres activités as-tu à part le CrossFit ?
Je joue au football, je voyage beaucoup et j’aime organiser des dîners. J’essaie de trouver du temps pour lire et écrire mais, mon travail est intense et très prenant.

Comment as-tu débuté dans ce métier ?
Par curiosité. Je suis payée pour voyager dans le monde entier, m’immiscer dans la vie et l’intimité de personnes très différentes, écouter leurs histoires avant de les aider à les faire entendre du reste du monde. Même si c’est très stressant, je me sens vraiment privilégiée. Plus important encore, je considère le journalisme comme un moyen de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, de responsabiliser les grandes puissances et, le plus important, de lutter pour la justice. J’ai étudié le journalisme et les droits de l’homme à l’université puis travaillé pour un média national au Canada avant de faire un stage à l’étranger pour l’organisation que je dirige maintenant. C’était il y’a 12 ans. Depuis, ma vie est un tourbillon. Je voyage sans cesse en Syrie et en Afghanistan, je négocie des financements avec des personnes très influentes et je prends souvent la parole notamment au Forum économique mondial de Davos. Etrangement, pour moi le plus difficile reste d’apprendre à diriger et à inspirer mon équipe.

À quoi ressemble une des tes journées “type” ?
La journée d’un journaliste consiste généralement à parcourir l’actualité, à choisir quelle histoire suivre, à effectuer des recherches, à identifier ses sources, à interroger des personnes, à organiser les informations recueillies de manière cohérente, à discuter avec votre éditeur et à rédiger un article. Vous pouvez imaginer à quel point cela se complique quand il faut le faire dans une zone de conflit où vous devez vous soucier de votre propre sécurité, de la politique en jeu, de la logistique, de la barrière de la langue etc. A présent, je suis plus dans le management ce qui est très différent du journalisme quotidien que je faisais avant. Je consacre mon temps à diriger notre équipe de direction, à faire des présentation aux donateurs potentiels, à prendre la parole lors d’événements publics, d’examiner les budgets, de signer des rapports de voyages en zones à haut risque, de mettre en place des systèmes garantissant que nous fonctionnons efficacement en équipe (prestation de qualité et bonne gouvernance) et, finalement, de réfléchir à la manière de mener au mieux l’organisation vers notre mission.

Tu abordes quotidiennement des sujets très difficiles, comment gères-tu cela ?
Grâce au Crossfit qui me permet d’évacuer mon stress et déconnecter. Je viens souvent la tête complètement ailleurs mais, j’essaie, pendant l’heure du cours d’être le plus présente possible. A la fin, je repars plus calme et plus concentrée.

Après avoir vu tout ce que tu as vu, es-tu optimiste ou pessimiste quant à l’avenir du monde ?
Si tu me demandes quelle direction prend le monde, je suis plutôt pessimiste. Le nombre de personnes déplacées de force atteint un niveau record, certaines parties du monde soit-disant “développées” bafouent les droits de l’homme, beaucoup de leaders mondiaux sont centrés sur leur personne et beaucoup d’entre nous demeurent insensibles face à la souffrance des autres. Mais, si tu m’interroges sur la force de l’esprit humain, je suis optimiste. J’ai vu des personnes dans des circonstances extrêmement difficiles faire preuve de force, de compassion et de foi. Dans le monde entier, de plus en plus de personnes s’opposent à cette direction destructrice et polarisante – qu’il s’agisse de manifestants pro-climat, de personnes ayant accueillies des réfugiés chez eux ou de femmes, hommes et enfants vivant la guerre au quotidien et qui refusent de haïr. Si eux continuent à croire à un monde meilleur, c’est qu’il y a encore de l’espoir.